Mobilisation pour les pêcheurs : un vote clair à l’Assemblée nationale

Gwendal Rouillard demandait à Ségolène Royal de maintenir la position officielle de la France sur la pêche au chalut. L'Assemblée nationale a rejeté l'interdiction du chalutage en eau profonde.

 

Intervention de Bruno Le Roux, président du Groupe socialiste, républicain et citoyen :

« (...) Ce sujet est important. Il concerne de nombreux élus de mon groupe, qui ont souhaité que je vienne aujourd’hui rappeler que la position de la France sur ce sujet est constante depuis plusieurs années. Il s’agit de donner du corps au concept de pêche durable, ce qui passe par un encadrement, lequel n’a jamais été envisagé par les différents responsables comme synonyme d’interdiction de cette pêche en eaux profondes. Cela a été rappelé, lorsqu’il a pris ses fonctions, par Frédéric Cuvillier, qui a toujours défendu les idées de pêche durable et de croissance bleue.

Cela a également été rappelé par le Premier ministre Jean-Marc Ayrault lors de la clôture de la conférence environnementale au mois de septembre 2013. Pour la première fois, la France a soutenu la mise en œuvre d’une politique communautaire de la pêche durable. Jean-Marc Ayrault a également rappelé alors que la France est favorable à l’encadrement de la pêche de grand fond. C’est pourquoi je pense que le Gouvernement et les parlementaires doivent continuer à travailler pour qu’un encadrement strict soit maintenu, voire amélioré, mais sans qu’un principe d’interdiction soit édicté – notre pays n’y est pas favorable.

Je ne rappellerai pas ici les mesures d’encadrement déjà en vigueur – M. Pancher vient de le faire. Chaque bateau doit être titulaire d’une licence spéciale et suivi individuellement par satellite, embarquer des observateurs et limiter son activité aux fonds sédimentaires afin de préserver les coraux – je ne détaillerai pas plus, compte tenu du temps qui m’est imparti. Même les entreprises qui viennent d’être citées ont désormais à cœur de dialoguer avec les ONG qui œuvrent dans ce domaine – c’est un mode de fonctionnement parfois inédit pour elles.

L’amendement que nous examinons doit donc nous inciter à continuer de nous interroger sur les effets réels de cette pêche en eaux profondes et à travailler sur ces concepts de pêche durable et de croissance bleue. Cependant, une interdiction aurait aujourd’hui des effets absolument dramatiques, en premier lieu sur les milliers de Lorientais concernés par cette activité. Ne prenons donc pas, au détour de la discussion d’un amendement, une position contraire à celle défendue par le gouvernement français depuis 2010. »

 

Autres paroles publiques (publiées en ligne, Ouest France, 16 mars 2016) :

Norbert Métairie, maire de Lorient, Frédéric Cuvillier, ancien ministre de la Pêche, député-maire de Boulogne : « La pêche en eau profonde est une des plus encadrées et contrôlées au monde. L’argumentaire développé en soutien à cette proposition d’interdiction démontre une méconnaissance totale de ce secteur productif générateur d’emplois. Cette mesure impacterait l’ensemble de la flotte chalutière au travers des prises accessoires qui peuvent être faites ponctuellement. C’est aussi méconnaître l’amélioration de la connaissance de la ressource grâce à la collaboration des pêcheurs avec les scientifiques. Enfin, c’est méconnaître les efforts mis en œuvre par la profession pour améliorer la sélectivité des engins de pêche en vue de travailler à la préservation de la ressource. »

Pierre Karleskind, vice-président de la Région Bretagne en charge de la mer : « La Région Bretagne appelle au retrait de cet amendement afin que les négociations européennes se poursuivent, sur la base d’un encadrement de cette pêche, qui est déjà la plus contrôlée au monde. Une interdiction unilatérale serait contre-productive, et pourrait même menacer l’ensemble de la pêche au chalut, y compris la petite pêche côtière. »

Mobilisation et information reprise par France Bleu Breizh Izel et Benjamin Bourgine, mercredi 16 mars 2016 :

Gwendal Rouillard demande à Ségolène Royal de changer de position sur la pêche au chalut, ou de démissionner.

Pour le député du Morbihan, la ministre de l'écologie ne suit pas la position officielle de la France sur la pêche au chalut. Le projet d'amendement à la Loi Biodiversité comporte une phrase sur l'interdiction de la pêche au chalut en eaux profondes. Les pêcheurs se mobilisent aussi.

Gwendal Rouillard, député du Morbihan © Maxppp - MaxPPP« Je lui demande solennellement de respecter l'arbitrage du président de la république et du premier ministre, et si tel n'est pas le cas, je demanderais sa démission du gouvernement ». Offensif, Gwendal Rouillard ne prend pas de gants pour soutenir la filière pêche au chalut, dont Lorient est l'une des places fortes en France. Le député spécialiste des questions de Pêche et de Défense, proche de Jean-Yves Le Drian, estime que Ségolène Royal est au-delà de l'ambiguïté si elle soutient le projet d'amendement tel qu'il est aujourd'hui, c'est à dire « l'interdiction du chalutage en eaux profondes ».

Les pêcheurs mobilisés, appellent au blocage

Pour le comité des pêches de Bretagne, cela signifie que l'ensemble de la pêche au chalut serait menacé. Ils appellent d'ailleurs à un blocage symbolique des ports, pour se faire entendre.« La France a une position très claire et très nette sur la pêche en eaux profondes et la pêche au chalut » explique Gwendal Rouillard « C'est : un meilleur encadrement de cette forme de pêche, et par ailleurs d'acter au nom du respect de la biodiversité, l'interdiction de cette forme de pêche au-delà des 800m. Les ports concernés sont Lorient, Le Guilvinec et Boulogne, avec des milliers de tonnes en jeu, et des emplois à la clé. Là, je constate que des parlementaires bien au chaud dans leurs bureaux ou bien éloignés de nos littoraux se permettent de vouloir interdire la pêche au chalut sans même avoir rencontré le moindre pêcheur, puisque par ailleurs, j'en invite quelques-uns régulièrement à Lorient, et j'attends toujours pour les rencontrer ».

Localement, le porte-parole d'EELV demande d'aborder différemment le sujet

Pour les militants locaux d'Europe Ecologie Les Verts, qui se penchent régulièrement sur ces questions de pêche, l'essentiel du problème n'est pas là, mais dans le besoin de connaissances plus fines encore sur le stock de poisson : « Ce n'est pas trop la question de savoir si c'est 300, 600 ou 800m. Le problème c'est d'avoir une connaissance affinée du stock. Pour éviter de retomber dans les errements des années 90 et début des années 2000, où on a fait n'importe quoi, et vraiment de la surpêche terrible. Aujourd'hui, le problème est plutôt sur les quotas, les outils et les lieux de pêche, qui doivent être adaptés à la réalité ».


Sur le même sujet :

  • L'Assemblée nationale a rejeté l'interdiction du chalutage en eau profonde, L'Obs, 18 mars 2016.

  • Pêcheurs en colère. Appel au blocage symbolique des ports français, Ouest FranceLorient -  Publié le 16 mars 2016.

  • Pêche en eau profonde : le maire PS de Boulogne monte au créneau contre le gouvernement, La Voix du Nord, Bertrand Spiers, publié le 17 mars 2016.

  • Interview d'Olivier Le Nézet, président du comité des pêches de Bretagne, France 3,  MT, publié le 16 mars 2016.

  • Pêche. Le chalutage en eau profonde reste autorisé, Ouest France, 19 mars 2015.

 

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