Les monnaies locales : vivre et consommer en local, une idée qui a de l’avenir ?

Depuis la crise de 2008 et l’importante tempête qu’ont connu les marchés financiers et donc par extension la plupart des pays de la planète, un mouvement de fond a commencé à se faire jour dans plusieurs territoires du globe, celle du retour au local, dans un territoire facilement identifiable. Et pour consommer localement, certains vont jusqu’à créer des monnaies dites « locales ». Autrement dit, une monnaie qui n’est pas forcément soutenue par l’État et qui s’échange dans une zone bien délimitée.

La livre Bristol, une monnaie « so british »

Cette monnaie créée en 2012 est soutenue par la municipalité éponyme. Ses créateurs assument leur objectif de consommer local, de soutenir les commerces locaux et de faire en sorte que l’argent investi reste à Bristol. Ainsi la ville n’est plus un simple point de passage des grands groupes financiers. En 2016 c’était pas moins de 1,6 millions de livres Bristol qui étaient en circulation, soit environ 2 millions d’euros. Peu à peu les entreprises aux actionnaires quittent la ville, délaissées par la population qui retrouve le chemin des petits commerces locaux. En tout c’est environ 850 commerces qui acceptent la monnaie locale.

L’objectif écologique est clairement assumé. Des produits locaux, égal moins de transports, moins de pollution et donc un plus grand respect des campagnes anglaises. Mais la livre locale ne sert pas uniquement dans les commerces, les 1600 habitants possédant un compte peuvent l’utiliser pour le transport, l’électricité, le gaz, les sorties. Ce qui en fait la monnaie locale la plus aboutie de Grande Bretagne.

Un moyen de lutter contre la crise ?

Toutes les monnaies locales ont bien souvent la même origine, la crise de 2008. Elles ont une fonction de résilience pour des économies locales lorsque l'environnement global est en crise. Une monnaie locale est ainsi bien souvent indexée sur les monnaies nationales, mais les sommes échangées restent quand même moins impactée par les problèmes financiers. Il y a donc clairement un effet positif sur le moral, sur ce sentiment que le pouvoir d’achat baisse moins qu’on ne le pense. Cette fameuse capacité à rebondir malgré une période difficile.

Les monnaies locales font également leur preuve en matière de reconstruction du lien social. Elles créent une similitude, un point commun entre les individus. Elles permettent aussi de voir comment chacun peut agir pour l’économie au quotidien et que chaque acte à un impact sur la société qui nous entoure, là où l’argent dématérialisée nous fait perdre cette perception.

Pour autant, il reste encore beaucoup de chemin à faire. Si à Bristol les pouvoirs publiques locaux soutiennent le projet, ailleurs, ils restent encore assez méfiants face au processus. En France par exemple, même si une loi1 a encouragé le mouvement des monnaies locales. Elles ne sont que 50 aujourd’hui et seule l’eusko (Pays Basque) semble avoir vraiment des adeptes avec 3000 utilisateurs, 700 commerces partenaires et 750 000 unités.

Loïck MERCIER

Loi du 31 juillet 2014 relative à l’ESS.

EN COMPLÉMENT :

Les monnaies locales comme réappropriation citoyenne de la monnaie, Note de Patrick Viveret pour la Fondation Jean Jaurès, 2 décembre 2012

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